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Nov

Fleurus, 11/11/1918 : un train explose en gare !

Peut-être un aïeul vous a parlé de la première « grande guerre », celle qui a dévasté nos populations entre 1914 et 1918. Mais à défaut d’un échange parlé, évoquons un fait que Fleurus a connu le 11 novembre 1918. Pierre Prevot a, pour vous, remis à la lumière du jour les mémoires de Jules Planche.

Né en 1902, M. Planche a été un instituteur de référence dans notre commune, son témoignage ne mérite pas moins d’attention que ce qui est écrit dans les livres. En effet, dans son « Histoire de la Ville de Fleurus », le chanoine Theys, curé et ensuite doyen de notre commune entre 1905 et 1935, écrit à propos de ce conflit armé : « En Belgique occupée, les Allemands avaient multiplié leurs vexations. Fleurus en eut sa part, à raison surtout de la présence d’une commandature ! Il eut cependant le bonheur d’échapper aux honteuses et barbares déportations… »

Et de poursuivre lorsqu’il évoque la fin des échanges militaires et l’Armistice : « Au moment de nous quitter, les Allemands nous réservèrent un adieu retentissant ! Ils firent sauter des wagons de munitions à la gare et endommagèrent ainsi de nombreux immeubles… »

De son côté, Jules Planche resitue le contexte : « En ce début d’automne 1918, certains signes indiquent la fatigue de l’occupant. Dans le cinéma Palace, rue de la Station, des prisonniers français ont été parqués ; mais la garde (allemande), en ces premiers jours de novembre, laisse les Fleurusiens apporter quelques vivres et boissons aux prisonniers. En gare se sont arrêtés plusieurs convois dont les flancs recèlent le produit de la mise à sac par les Allemands des demeures et magasins du Nord français, et aussi des wagons d’armes et de munitions. »

Et en vient à des faits qui, chez nous, ont marqué jour de l’armistice : « Le matin du 11, la troupe de police abandonne son poste. Il ne reste bientôt que quelques retardataires indécis. A 11 h, les sirènes mugissent et annoncent la fin de nos misères. Alors, on voit des bandes d’hommes et de femmes se diriger vers la gare pour s’emparer du butin laissé par l’ennemi. On revient triomphant avec des trophées parmi lesquels des obus dont la culasse de cuivre fera l’ornement des demeures pendant bien des années. Mais avant de se mettre en route vers son pays, un vieux troupier allemand met en garde les pilleurs, car deux wagons de la terrible mélinite se trouvent dans le convoi, et la moindre négligence de la part d’un fumeur pourrait être fatale. Et, tout à coup, suite au geste malheureux d’un fumeur, les munitions parlent. »

A propos des conséquences de cette explosion, J. Planche écrit : « Pendant de longues heures, des projectiles sont lancés dans les airs, défonçant toits, plafonds et fenêtres. »

Et d’évoquer les réactions de la population et les dégâts causés : « Les pileurs terrorisés vont raconter l’affaire aux prisonniers français que des gens ont libérés. Ces courageux « poupious » vont détacher les dangereux wagons et les poussant vers Ligny évitent la destruction totale de la ville. Ici, rue de l’Enseignement, une culasse d’obus a défoncé toit et plafond, traversé deux murs pour retomber ensuite dans une cour voisine. Près de la ferme de Fleurjoux – au-delà de l’autoroute donc –, on a trouvé un rail d’un bon mètre de long projeté de la gare dans ce bombardement intempestif. Partout les dégâts aux demeures sont considérables. Vers le soir, le calme revint, il n’y eut à Fleurus qu’une victime. Le vieux Maniet, occupé au service de ravitaillement reçu un éclat qui le tua alors qu’il se trouvait dans l’enclos situé entre l’hôtel de ville et l’église. »

Globalement, cette guerre 14/18 a fait 20 millions de tués et 21 millions de blessés. Des troupes venues d’autres continents ont combattu durant cette période, les rues de Baulet ont connu le passage des troupes américaines, canadiennes, écossaises ou encore australiennes, tandis que de Lambusart sont partis des tirs d’artillerie lors des combats engagés à Tamines et Aiseau.

En l’espace de quelques semaines, divers hommages (recueillement, expositions, concerts) ont été organisés par la Ville de Fleurus dans les différentes sections de l’entité, ils ont connu un large succès à considérer comme autant d’appels à la paix.

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